Je lis des vieux livres
parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux,
parce que chaque exemplaire d’un livre peut appartenir à plusieurs vies.

Erri de Luca

 

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Cadol richard dubarry lavedan 1

Quatre romans, quatre romanciers, un volume


Focus sur...


  • Le Cheveu du Diable : Voyage fantastique au Japon, d'Édouard Cadol (1875)
  • Malingreux, de Charles Richard (1886)
  • Monsieur le Grand Turc, d'Armand Dubarry (1885)
  • Reine Janvier, d'Henri Lavedan (1886)

Livre remarquable à plus d'un titre !

Il comprend donc quatre romans illustrés, dans leur version inédite, édités chez Monnier, De Brunhoff et Compagnie.

Reliés ensemble avec leur couverture d'origine, le livre totalise plus de 460 pages.

La reliure, dite demi-cuir, est de très bon qualité et bien conservée.


Ces romans et leurs auteurs n'appartiennent pas tous de façon évidente à un des courants littéraires du 19e siècle.

Henri Lavedan, relèverait toutefois du Naturalisme, selon Charles Le Goffic (Les Romanciers d'aujourd'hui, 1890, p.35) ; ce mouvement de la seconde moitié du 19e siècle est fondé sur l'introduction des sciences expérimentales dans la littérature. Il prolonge l'école Réaliste, incarnée par Stendhal, Balzac ou Flaubert, attachée aux faits réels et s'éloignant de la passion ou de la subjectivité romantique.
La figure du Naturalisme, Émile Zola, explique en 1880 (Le Roman expérimental) qu'il substitue à l'étude de l'homme abstrait, de l'homme métaphysique, l'étude de l'homme naturel, soumis aux lois physico-chimiques et déterminé par les influences du milieu.
Le Naturalisme veut ainsi prouver que le milieu influence l'individu, l'écrivain est un observateur précis de la mécanique des faits et des circonstances, mais refuse toute interprétation. (Cf. Anne-Claire Duchaussoy, La littérature française pour les débutants, 2010, pp.189-200).

Édouard Cadol serait quant à lui, selon Charles Le Goffic, un parfait éclectique, un "romancier honnête et d’une bonne humeur continue, (à qui l'on) doit, entre autres livres de mérite, Gilberte, La Revanche d’une honnête femme, Les Parents riches. La caractéristique de ses livres, c’est qu’ils sont déjà tout découpés pour la scène" (Charles le Goffic, op. cit., p.320).
Il n'appartiendrait donc à aucune école littéraire en particulier.

Nous pensons qu'il en est de même pour Charles Richard et Armand Dubarry. Nous attendons vos avis.


Biographies des auteurs

Victor Édouard Cadol (Paris, 1831 - Asnières, 1898), dramaturge et romancier prolifique, débuta comme employé des Chemins de fer du Nord, puis à partir de 1853 se consacra à la littérature et exerça l'activité de journaliste.
Il a signé de nombreuses pièces de théâtre, seul ou en collaboration, notamment les versions théâtrales de certaines oeuvres romanesques de Jules Verne.
Il a écrit de multiples nouvelles ou romans, d'où se dégage "un certain talent d'observation et une morale attendrie" (Encyclopdie de l'Art Lyrique Français). En savoir plus...
 

Charles Richard (1857-19..), hommes de lettres, journaliste, dont on connaît malheuresuement peu de choses.
Il a notamment collaboré au Figaro et a écrit six oeuvres entre 1884 et 1891 : La Princesse Vatanabé (1884), La dame rousse (1885), Malingreux (1886), Chenonceau et Gustave Flaubert (1887), Peur de la vie (1887), Les Reptiles humains (1890-1891).
 

Armand Ernest Dubarry (Lorient, 1836 - Paris, 1910), poète, romancier et conteur à l'oeuvre abondante ; la plupart de ses "romans-voyages", d'une grande exactitude géographique, ont été publiés dans le Musée des familles (revue semestrielle illustrée d'audience catholique et bourgeoise) où il succéda à Jules Verne comme vulgarisateur scientifique.
Il fut également acteur avec "assez de succès" (Henry Lyonnet, Dictionnaire des Comédiens français, 1912), historien (histoire anecdotique) et journaliste. Il a notamment collaboré au Figaro ou à l'Illustration, et s'illustra comme rédacteur en chef et correspondant de grands journaux en Italie de 1864 à 1870 (devint officier de l'ordre des saints Maurice et Lazare), ou encore directeur politique du journal républicain la Gazette (1876). En savoir plus...
 

Henri Léon Émile Lavedan (Orléans, 1859 - Paris, 1940), journaliste et chroniqueur pour Le Figaro ou l'Illustration, romancier et dramaturge, fut un auteur fécond. Il fut également pendant un an, en 1886, attaché au secrétariat du comte de Paris, membre de l'Académie française (1898) et commandeur de la Légion d'honneur (1913).
Il commença sa carrière d'écrivain comme satiriste habile des moeurs parisiennes pour le compte de plusieurs journaux. Ses satires fourniront la matière à plusieurs de ses ouvrages, dont Reine Janvier (1886).
À partir de 1890, il s'illustre comme auteur de théâtre de boulevard, puis de haute comédie (comédie classique).
Il achèvera son oeuvre par une série de sept romans (Le Chemin du salut) et une étude biographique de saint Vincent de Paul. En savoir plus...

Illustrateurs talentueux

  • Le Cheveu du Diable

Hermann Vogel (ou Wogel) (Flensburg, 1856 - Paris, 1918), peintre, illustrateur et dessinateur de presse d'origine allemande.
Alfred Choubrac (Paris, 1853 - Paris, 1902), peintre, dessinateur de costumes et affichiste.
Paul Destez (Paris, 1851 - xxx, 1919), dessinateur, graveur, illustrateur et affichiste.
Félicien von Myrbach-Rheinfeld ( Zaleszycki, 1853 - Klagenfurt, 1940), peintre, graveur et illustrateur.
Jules Roy (18xx - 19xx), illustrateur, notamment de couvertures de partitions musicales.
Adolphe Willette (Châlons-sur-Marne, 1857 - Paris, 1926), peintre, dessinateur et lithographe, caricaturiste et affichiste, et également journaliste.

  • Malingreux

Ary Gambard (Paris, 1852 - 19xx), peintre et illustrateur. Fils du peintre Henri-Augustin Gambard (1819-1882).
Rougeron Vignerot (18xx - 18xx), graveur, spécialiste de l'iconographie militaire. Graveurs et photograveurs associés (Rougeron, Vignerot et Cie).

  • Monsieur le Grand Turc

Nous ne disposons pas (encore !) d'informations sur Leiris et Arozi. Et vous ?

  • Reine Janvier

Auguste François-Marie Gorguet (1862-1927), peintre, dessinateur, illustrateur et affichiste.

Le Cheveu du Diable [...], op. cit., pp.1-2

Première partie

En ce temps, il y avait rue Saint-Denis, une vieille maison. Le pignon en surplombait la base, et l'on apercevait de grandes poutres transversales qui dataient de plus de cent ans.
Le rez-de-chaussée, sombre et profond, offrait deux étroites baies de chaque côté de la porte.
Les croisées du premier étage étaient coupées, au tiers de leur hauteur, par une enseigne, légèrement penchée où se lisait :
À LA TOISON D'OR.
Et, au dessus, en plus petits caractères :
Antoine Gaudin, drapier.
L'enseigne avait, en plus d'une place, sa peinture écaillée, montrant un bois noirci par le temps, fendillé, rongé par la pluie, et c'est à peine si l'on parvenait à lire les indications qu'elle portait.
À vrai dire, l'enseigne était superflue. Tout le commerce de Paris, de Sedan et d'Elbeuf connaissait Antoine Gaudin, dont la signature valait de l'argent coptant.
Celui-ci était un bon gros père, jovial et facile en affaires, - la réussite rend aimables les âmes simples. - Actif, très au fait du métier, sans ambition étrangère à son industrie, il avait cette constance de belle humeur qui distingue le bourgeois de Paris.
Il était veuf ; mais loin d'en remercier le ciel, ainsi qu'il arrive, en secret, à plus d'un, qui ne parle de "la défunte" qu'en s'évertuant à faire une grimace contrite, le bonhomme, sans rien dire, avait grand chagrin d'avoir perdu sa femme, un ange !
Pour la remplacer, elle avait laissée une fille, en tous points pétrie de sa pâte : Mademoiselle Clémence, qui était la vivante image de sa mère. [...]

Malingreux, op. cit., pp.3-4

La Bossue

C'est ainsi qu'on l'appelait, bien qu'elle eût un nom et trois ou quatre prénoms choisis, il y a cinquante ans passés, dans l'almanach, ou donnés lors du parrainage.
Elle avait reçu tous les sacrements, sauf un : celui du mariage, parce que, durant toute sa jeunesse, elle n'avait pu trouver d'épouseur à son choix. Elle était, il est vrai, fort difficile, bien que cela ne soit pas permis quand on est disgraciée.
Elle n'était pas bossue de naissance. Cela lui était venu d'un coup, alors qu'elle n'avait guère plus de dix ans. Sur le point d'être battue, elle s'était réfugiée sous le lit. Sa grand'mère l'en ayant tirée brusquement par le bras, l'épaule vint heurter le bord aigu du meuble et se fractura.
On la conduisit chez la rebouteuse, qui, l'ayant palpée, lui fit craquer un peu l'articulation, mit fondre une chandelle des six au-dessus d'un verre d'eau, donna un paquet d'herbes sèches pour en faire un breuvage, et réclama, pour tout salaire, seulement quarante sous et deux livres de beurre.
À partir de ce moment, la petite peina beaucoup en se courbant lorsqu'elle allait à l'herbe ou lavait le linge. Puis à mesure qu'elle avançait en âge, on remarqua qu'une de ses épaules s'arrondissait et demeurait moins haute que l'autre. Cela devint un jour si visible qu'on la déclara bossue. Et de fait, elle l'était.
La première fois qu'on le lui dit, elle se fâcha, puis se mit à pleurer. Elle ne le voulait point croire et essayait de se regarder de côté dans un miroir cassé et cloué au mur près de la fenêtre. Elle demandait, dans le mystère, à celles des filles de son âge qu'elle ne croyait ni méchantes ni menteuse, si c'était vrai ce qu'on disait de sa bosse. Enfin il fallut bien qu'elle crût à sa difformité. Mais alors, elle s'appliquait à l'oublier et n'aimait pas qu'on lui en parlât. [...]

Monsieur le Grand Turc, op. cit., pp.1-3

À Monsieur le Grand Turc

(I) La pension de Mademoiselle Grattenpot

La scène se passe dans l'institution de jeunes filles de Melle Grattenpot, établissement d'agréable apparence, situé à Boulogne, près de la Seine, entre le pont de Sèvres, et qui se compose d'une série de bâtiments de deux étages, soudés les uns aux autres, couverts de tuiles rouges, ornés de persiennes vertes, et dont les murs blanchis à la chaux n'ont pas une tâche.
Tout y paraît irréprochable ; tout y respire le bon ordre et la propreté.
Devant est une cour pavée où l'on chercherait en vain un fêtu de paille ; derrière est un jardin plein d'ombrage.
L'institution peut recevoir une centaine d'élèves, et ce chiffre est généralemet atteint, car Melle Grattenpot jouit d'une certaine réputation, est active et, comme on dit vulgairement, sait se faire mousser.
Melle Grattenpot ets une petite personne alerte, ni grosse ni maigre, à la figure rondelette et colorée comme une pomme d'api, proprette et avenante. Ses yeux sont gris et souvent bordés de rouge, mais ils ont une vivacité qui les rend presque charmants ; ses cheveux blonds sont rares, mais elle les crêpe si bien sur le devant et y mêle des cheveux postiches avec tant d'habileté, qu'ils semblent très fournis ; sa main est parfaitement modelée, aussi la montre-t-elle volontiers ; ses dents sont blanches, son sourire est engageant ; malheureusement, elle est affligée d'une inflammation chronique du larynx qui donne à son organe des sons éraillés dont l'émission rappelle fréquemment la voix des harengères. [...]

Reine Janvier, op. cit., pp.3-4

Un dimanche du mois dernier, je flânais le long des quais à hauteur de l'esplanade des Invalides, par un de ces temps indécis et tièdes qui prédisposent à la mélancolie. Une brise très douce caressait la Seine, et des soldats erraient sans but, en gants blancs.
Soudain, un homme de trente à trente-cinq ans me croisa, marchant à petits pas mesurés, comme un convalescent recueilli qui boit du soleil. Il leva la tête, mes yeux heurtèrent les siens, et poussant tous les deux à la fois un même cri de sutpéfaction, nous nous arrêtâmes quelques secondes, immobiles, cloués sur place.
Puis, un élan nous jeta aussitôt dans les bras l'un de l'autre, étroitement enlacés, trop émus pour dire un seul mot, comme des parents qui se retrouvent après une longue séparation.
C'était Paul Jurieux, mon plus cher ami d'enfance, perdu de vue depuis le quartier Latin et la sortie de l'école. Nous nous étions chéris comme deux frères, et je sentis, au trouble qui m'envahit en cette minute, que le temps avait glissé à côté de mon affection, la laissant aussi intacte et aussi vive qu'aux jours déjà lointains de ma jeunesse. Des souvenirs m'affluèrent au coeur : nos causeries les soirs d'été, nos projets confiants, nos rêves ambitieux sous les étoiles... toute la défroque sentimentale du passé.
Peut-être lui fasais-je le même effet, mais il me paraissait changé, les tempes creuses, le visage déjà flétri. Après que nous eûmes balbutié plusieurs phrases banales, en proie à une gêne passagère, comme il arrive quand on a mille choses à se dire et qu'on ne sait par laquelle commencer, je l'interrogeai : - Que deviens-tu ? raconte-moi. [...]

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